ÉCHOS DE BANQUETS

JEANNE FAVRET-SAADA

Jeanne Favret-Saada @MVO
Jeanne Favret-Saada
© MVO
En 1973, Michel Foucault publiait chez Gallimard, Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère, ouvrage comportant un manuscrit ignoré depuis plus d’un siècle : le mémoire écrit d’une traite par le jeune homme qui, en 1835, avait commis ce terrible meurtre si mûrement réfléchi. Le dossier d’archives constitué autour du texte était accompagné d’une analyse à plusieurs voix sur cette affaire rédigée par une équipe conduite par Michel Foucault, dont Jeanne-Favret Saada faisait partie. Suite au sentiment d’insatisfaction qu’elle gardait concernant l’approche de cette histoire et en particulier l’absence de commentaire sur la parole du meurtrier lui-même, Jeanne Favret-Saada a mis en route une nouvelle recherche qui aboutit à la publication cette année chez Gallimard de L’Impossible famille Rivière. Retour sur un triple meurtre en 1835. Après avoir retravaillé de façon très approfondie pendant plusieurs années sur le manuscrit et avoir analysé la moindre archive notariale et pénale afin de donner une chronicité au texte, Jeanne Favret-Saada livre une interprétation décisive et décapante. Ce parricide est une tragédie issue d’un ordre patriarcal bafoué, tourné en dérision avec un mépris outrageant par une mère rageuse qui refusait la condition matrimoniale de son époque régie par le Code civil napoléonien. À rebours de toute « folie » présumée, Pierre Rivière a voulu venger son père en restaurant sa virilité et, par là-même, l’ordre social.
Jeanne-Favret Saada a consacré sa vie à la recherche anthropologique de façon telle que la discipline s’en est trouvée modifiée : elle a toujours exploré ses objets d’étude en dehors de toute attitude de surplomb, en s’impliquant pleinement. Son travail se situe à la croisée de l’ethnologie, la sociologie, l’histoire et l’engagement personnel, y compris comme praticienne de la psychanalyse. C’est ce qui lui octroie sa profondeur exceptionnelle.
Elle est reconnue en particulier pour sa recherche et ses publications sur la sorcellerie rurale en France.

Elle était présente, en compagnie d’Arnaud Esquerre, en 2021 au Banquet du livre d’été dont le thème était : Toute lecture est un parcours. Elle y a donné une conférence intitulée : La haine envers les Juifs : faut-il un mot, ou deux ? à partir de son livre Le Christianisme et ses Juifs 1800-2000, avec José Contreras, Le Seuil, 2004.

Jeanne-Favret Saada, figure majeure de l’anthropologie, sera présente à la journée Partager ses marque-pages organisée par notre association le mercredi 13 mai à la librairie Ombres Blanches à Toulouse.

Une sélection d’ouvrages de Jeann-Favret Saada :
Les Mots, la Mort, les Sorts : la sorcellerie dans le bocage, Gallimard, 1977
Corps pour corps : enquête sur la sorcellerie dans le bocage, Gallimard, 1981
Le Christianisme et ses Juifs 1800-200, avec José Contreras, Le Seuil, 2004
Comment produire une crise mondiale avec douze petits dessins, Les Prairies ordinaires, 2007 ; rééd Fayard, 2025
Jeux d’ombres sur la scène de l’ONU, L’Olivier, 2010
Désorceler, L’Olivier, 2009

Jeanne Favret-Saada, Arnaud Esquerre et Yann Potin au Grand Petit Déjeuner, Banquet du livre 2021 © Gilles Moutot
Jeanne Favret-Saada, Arnaud Esquerre et Yann Potin au Grand Petit Déjeuner,
Banquet du livre 2021
© Gilles Moutot

Vous pouvez visionner ici la conférence de Jeanne Favret-Saada La haine envers les Juifs : faut-il un mot, ou deux ? introduite par Arnaud Esquerre, lundi 9 août, lors du Banquet du livre d’été 2021, Toute lecture est un parcours.